Ursula Hügi
La découverte à Stansstad NW-Kehrsiten de stations
néolithiques dans le lac des Quatre Cantons repousse
les limites géographiques de l’extension des
palafittes néolithiques jusqu’à la zone
située en bordure septentrionale de l’arc alpin.
L’étude du mobilier retrouvé révèle
que le gisement de Stansstad-Kehrsiten ne correspond pas à
une zone de transition culturelle entre l’arc alpin
et le Plateau: il se rattache à un territoire d’une
grande homogénéité culturelle, située
au nord-est et s’étendant jusqu’aux lacs
de Zoug, de Zurich et de Constance. La proximité des
Alpes se reflète dans le mobilier archéobiologique,
autant pour la faune chassée que pour les produits
de la cueillette.
Les datations dendrochronologiques et celles au radiocarbone,
associées à l’attribution typologique
du mobilier, permettent de définir au moins quatre
phases d’occupation différentes, couvrant une
période de près de 1000 ans: Cortaillod, Pfyn,
charnière Pfyn/Horgen et Horgen. Les datations réalisées
sur le dernier cerne formé sont de première
importance pour la dendrochronologie (vers 3450 av. J.-C.),
puisque cette phase n’avait à ce jour pu être
attestée que sur la base de dates obtenues sur du bois
de cœur.
Annuaire d'Archéologie Suisse
89, 2006, 7–23.
Christiane Pugin et Pierre Corboud
En décembre 2003, un site littoral du Néolithique
final est découvert fortuitement sur la rive gauche
de la rade de Genève. Ce nouvel établissement
est situé dans le Parc La Grange, qui a déjà
livré un habitat de l’âge du Bronze final,
des vestiges de l’époque celtique et une villa
gallo-romaine.
D’une épaisseur d’environ 45 cm, l’horizon
anthropique est conservé sous environ 1.3 m de sables
et de graviers lacustres et montre plusieurs niveaux d’inondation.
Le mobilier archéologique est bien préservé,
sans restes végétaux. Les restes de faune sont
très bien représentés.
Les 12 pilotis datés par dendrochronologie, révèlent
une période d’occupation de 2947 à 2792
av. J.-C. Les phases d’abattage placent ce site donc
au Lüscherz ancien, connu dans la région des Trois
Lacs (lacs de Neuchâtel de Morat et de Bienne). La majeure
partie du matériel appartient à l’ensemble
du groupe de Lüscherz, néanmoins certains profils
céramiques se réfèrent à des formes
d’origine méridionale plus anciennes. D’une
manière générale, les influences du midi
de la France sont perceptibles dans tout le mobilier.
Annuaire d'Archéologie Suisse
89, 2006, 25–50.
Carine Deslex Sheikh, Sébastien
Saltel, Luc Braillard et Jean Detrey
Entre 1998 et 2002, deux sites campaniformes, la combe En
Vaillard et la combe Varu, furent fouillés sur le territoire
de la commune de Chevenez au débouché de deux
des vallées sèches qui marquent le relief de
l'Ajoie dans le canton du Jura.
Mal conservés, ces sites fournissent principalement
des informations par leur matériel archéologique.
Ils présentent un répertoire de formes céramiques
similaires. Par contre, le répertoire des décors
est singularisé à la combe Varu par des lignes
en zigzag, des chevrons, des croisillons, des traits courts
alternants et des traits verticaux espacés. La comparaison
avec le site proche d'Alle, Noir Bois montre de fortes ressemblances
au niveau des formes, mais une influence méridionale
plus forte sur les pièces de Chevenez au niveau des
motifs.
On trouve les mêmes matières premières
lithiques avec la présence dominante des silex d'Alle
et de Develier. Les modes opératoires et les corpus
d'outils sont également très proches avec de
nombreuses pièces esquillées et de nombreux
grattoirs.
Annuaire d'Archéologie Suisse
89, 2006, 51–86.
Simone Benguerel
La découverte de céramique préhistorique
à Goldach SG-Mühlegut conduisit en 1999 à
une fouille de sauvetage. La zone fut dégagée
sur une surface de 500 m2, dont 56 m2 en fouille fine. On
a repéré au moins deux horizons archéologiques,
avec plus de 350 kg de céramique. Leur attribution
typologique, confortée par le radiocarbone, permet
d’attester une occupation du site au Bronze moyen et
au Bronze final. En raison des limites de couches peu nettes,
il est impossible d’établir une distinction nette
entre le mobilier des deux périodes. On décèle
toutefois une concentration de tessons du Bronze final dans
une petite dépression s’enfonçant dans
la moraine sous-jacente, avec 20 kg/m2, soit une densité
étonnamment élevée pour une conservation
en milieu minéral: il s’agit sans doute d’une
zone d’évacuation des déchets. L’habitat
correspondant n’a toutefois guère livré
de structures architecturales. Le niveau pierreux observé
est caractéristique des fondations des maisons au Bronze
moyen. Au nord, il est délimité par un rempart
constitué de gros galets.
Avec le site de Rorschacherberg SG-Obere Burg, fouillé
de 1937 à 1939, on dispose à présent,
sur territoire st-gallois, de deux gisements préhistoriques
dans la zone riveraine du lac de Constance.
Annuaire d'Archéologie Suisse
89, 2006, 87–135.
Berhard Bigler
Dans le canton de Zoug, au cours des 20 dernière
années, on a découvert un grand nombre de sites
nouveaux. Ce phénomène relève de l’institutionnalisation
de l’archéologie cantonale et de l’intensification
des prospections qui en découle, dans le contexte d’un
véritable boom immobilier.
Le mobilier recèle quelques objets remarquables,
comme des biens importés du sud à l’Age
du Fer, retrouvés dans les communes de Baar et de Zoug.
Ils témoignent de routes de commerce à longue
distance traversant le canton de Zoug. Par ailleurs, le gravier
alluvial de la Lorze a livré des trouvailles isolées,
sans doute jetées à dessein dans la rivière.
Le présent article s’attache essentiellement
au mobilier découvert récemment, étudié
dans le cadre d’un mémoire de licence. L’archéologie
de l’habitat n’y est que brièvement abordée.
Annuaire d'Archéologie Suisse
89, 2006, 137–164.
Robert Michel
Au mois d'avril 2000, des sondages furent réalisés
dans l’extension des carrières de calcaire du
Roc, à Cornaux NE; à cette occasion fut découvert
un site archéologique dont l'importance a nécessité
l'organisation urgente d'une intervention de sauvetage. D'entente
avec l'exploitant, une campagne de fouille fut effectuée
durant trois mois, sur une surface réservée
de 600 m2.
Cet article traite de l’étude exhaustive des
quelque 260 kg de céramique attribuée au début
de l’âge du Fer (HaC), qui compose l’essentiel
du mobilier. Bien qu’aucune structure n’ait été
identifiée sur le terrain, le dépôt ou
le rejet intentionnel de ces poteries ne fait aucun doute,
compte tenu de la situation sur le plus haut sommet du massif
des Roches de Châtoillon, à 674 m d'altitude.
Reste à comprendre dans quel contexte et à la
suite de quelles circonstances l’abandon des céramiques
s'est produit. Pour l'heure, l’hypothèse retenue
privilégie une fonction cérémonielle
du lieu.
Annuaire d'Archéologie
Suisse
89, 2006, 165–188.
Tobias L. Kienlin
Les haches à rebords du Bronze ancien découvertes
à Sennwald SG-Salez ont été soumises
à une étude des microstuctures allant bien au-delà
d’une simple analyse de la composition du matériel:
elle a permis de mieux comprendre les technique de coulée
et de martelage, et d’établir quel était
le niveau technologique des bronziers.
Les haches de Sennwald-Salez et celles de type Salez, auxquelles
elles ont donné leur nom, se composent toutes de cuivres
gris (fahlerz) recelant en quantités variables des
éléments secondaires, tels que l’antimoine,
l’arsenic, le nickel et l’argent. Contrairement
à d’autres types de haches, par exemple celles
de type Neyruz, que l’on rencontre en Suisse occidentale,
le bronze des haches de Salez ne contient pas d’étain.
L’article s’attache à établir quelle
est l’influence du choix de la matière première
sur les propriétés de l’outil fini. Allant
à l’encontre d’une opinion répandue,
on avance que le cuivre gris ne constitue pas qu’une
alternative de moindre qualité, issue d’une phase
ancienne de la métallurgie du bronze et précédant
l’apparition du bronze à l’étain.
Bien au contraire, ce matériau se prête fort
bien à la confection d’armes ou d’outils
et constitue, du moins pour une phase de transition, une option
tout à fait valable.
Annuaire d'Archéologie
Suisse
89, 2006, 189–201.
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